Circulations internationales des espérances révolutionnaires des années 1950 à la fin des années 1990
À partir du samedi 22 novembre, la Contemporaine reprend son cycle d’ateliers en lien avec les archives du Secrétariat unifié de la IVe Internationale.
Pour les participant·es en distanciel, il est nécessaire de le signaler par mail : fanny.gallot@gmail.com. Un lien sera envoyé pour les participant·es se signalant jusqu’à chaque samedi de séance à 8h.
Samedi 28 février 2026, 14h-18h
- 14h : Robi Morder (Germe, chercheur associé au laboratoire printemps (UVSQ Paris Saclay), membre du bureau de l’Association des amis de la Contemporaine) : « La 4e internationale et « la radicalisation de la jeunesse » des années 68 : éléments de réflexion ».
- 16h : Table ronde animée par Flavia Verri avec Nadia de Mond et Jan Malewski.
Jan Malewski (pseudo « Cyril Smuga »), dit aussi Janek (prononcer Yaneck !)
Né en Pologne le 21 août 1957, dans une famille de ce qu’on appelait l’intelligentsia (même si son grand père maternel vient d’une famille paysanne et était un des rares de son milieu à faire des études supérieures), il a son premier contact avec la politique en mars 1968, lors de la révolte étudiante en Pologne, à l’âge de 10 ans. Des étudiants qui passaient alors chez lui disparaissaient l’un après l’autre – « emprisonné » disait sa mère (il vit alors seul avec elle, son père s’étant suicidé en décembre 1963 à la suite de la « normalisation » du régime post-stalinien). Avec un copain nous avions alors volé des craies à l’école pour écrire sur les murs quelques « Goledzinow precz! » (équivalent de « CRS dehors! »). Puis il y a eu Mai 68 que son futur beau-père, syndicaliste de gauche qui avait pris part à la fondation du PSU en France lui a raconté lors de vacances d’été. Et l’intervention militaire pour mettre fin au printemps de Prague en Tchécoslovaquie, le jour de son onzième anniversaire.
Arrivé en France fin septembre 1970, à la suite du remariage de sa mère, il est dans un milieu de gauche. En 1973 lors des grèves lycéennes contre la « loi Debré » il est élu au comité de grève de son lycée et à la fin de la grève il se retrouve dans un comité rouge, regroupant les sympathisants de la Ligue communiste, à laquelle il adhère à la fin de l’année.
En 1975 il passe à la clandestinité – officiellement il quitte la Ligue tout en poursuivant son militantisme au sein de la cellule polonaise de la Ligue, clandestine, qui édite un bulletin en polonais (Biuletyn Na Lewo – Bulletin À Gauche), acheminé clandestinement. Pouvant voyager régulièrement en Pologne, il maintient des contacts avec l’opposition polonaise, qui a créé le Comité de défense des ouvriers (KOR) en septembre 1976, et il commence à écrire des articles et réaliser des interviews avec les opposants polonais, d’abord pour Rouge quotidien à partir de 1976, puis pour Inprecor et à, partir de 1982 Critique communiste et Quatrième Internationale.
En septembre 1979 il devient permanent, travaillant à la rubrique internationale de « Rouge », redevenu hebdomadaire.
Les camarades de son petit groupe en Pologne ayant décidé de ne pas diffuser par crainte de la répression le numéro spécial de Biuletyn Na Lewo qu’il édite et achemine en Pologne peu avant le début du mouvement de grèves de l’été 1980, ils decident d’en arrêter la publication. En automne 1980 il prend part à la création du mouvement « solidarité avec Solidarnosc » en France. Lors d’un séjour en Pologne en juin 1981 il établit des contacts avec le courant autogestionnaire du syndicat libre « Solidarnosc ». Il propose alors à la direction de la IVe Internationale de lancer une nouvelle revue en polonais, Inprekor, dont le premier numéro a été diffusé au premier congrès de Solidarnosc, en septembre 1981. Avec Jacqueline Heinen et Zbigniew Kowalewski (qui est venu en France en décembre 1981 et a dû rester en exil) il anime ce journal jusqu’en 1991, en commun avec le groupe de la IVe Internationale qui s’est constitué en Pologne dans la clandestinité.
Il poursuit l’animation de la solidarité avec le syndicat Solidarnosc, devenu clandestin, en France et dans le monde. La presse de l’Internationale et ses sections jouent un rôle important dans l’information sur les débats au sein de la clandestinité polonaise – la répression que subissait le courant gauche ne venait pas seulement du régime du général Jaruzelski, mais aussi de la droite au sein de Solidarnosc et de ses soutiens en Occident. Le camarade Kowalewski a même été accusé par Mitterrand d’être « un agent » – mais la campagne de solidarité qu’il participe à construire a fait reculer le gouvernement français…
Lors du Congrès mondial de 1985 avec l’équipe chargée du travail polonais, il est impliqué dans le groupe qui réussi à convaincre la majorité de l’Internationale que les rapports sociaux dans les « États ouvriers dégénérés” étaient fondés sur l’exploitation de la classe ouvrière par la bureaucratie.
En 1991, les camarades polonais ne voulant pas poursuivre en Pologne la publication d’Inprekor et décidant de publier d’autres journaux, j’ai mis fin à cette publication.
La direction de l’Internationale lui propose alors de prendre en charge la trésorerie de l’organisation, tout en poursuivant le travail polonais. Il était aussi actif au sein de la LCR, où il était souvent minoritaire (à souligner : les dirigeants de la majorité de l’Internationale comme de sa section française, en particulier Ernest Mandel et Alain Krivine, valorisaient ceux qui s’opposaient à eux et travaillaient avec eux, onsidérant que les divergeances permettent à l’organisation d’enrichir son analyse – une des qualités de cette organisation!).
Au Congrès mondial de 1995 j’ai été élu à la direction de l’Internationale, dont il fait partie jusqu’au Congrès mondial de 2025. Outre la trésorerie, il s’occupe aussi des liens avec les camarades des dits « pays de l’Est », en particulier la Pologne, la Russie, l’Ukraine, la Slovénie et la Croatie…
En avril 1998, alors que l’appareil de l’Internationale doit être réduit faute de moyens, il prend en charge la rédaction d’Inprecor – jusqu’à fin octobre 2023. Le but d’Inprecor, tel qu’il le concoit, était de faire connaître en langue française non seulement les analyses des sections de l’Internatioinale mais aussi celles d’autres marxistes critiques paraissant dans d’autres langues.
À partir de 2006, avec ses camarades polonais il tente de construire en Pologne aux côtés des syndicalistes du Syndicat libre Août ’80 (WZZ Sierpien ’80) un Parti Polonais du Travail (PPP). Cette tentative n’a pas eu de succès et au bout de dix ans le parti a décidé de se dissoudre…
Nadia de Mond
Née à Anvers (Belgique) le 8 juin 1954, elle s’engage dès l’age de 16 ans dans le premier groupe féministe de sa ville, Dolle Mina où elle rencontre la camarade Ida Decqueeecker qui l’introduira dans le milieu militant trotskyste. Elle entreprend des études de philosophie morale à l’ULB (Université libre de Bruxelles), où elle obtient sa licence en 1977, tout en militant à plein dans le mouvement étudiant. Après un début de carrière dans l’enseignement secondaire en Belgique, où elle exerce comme professeure de philosophie entre 1978 et 1981, elle s’installe la même année à Milan, en Italie, marquant le début d’un ancrage durable dans les milieux militants et associatifs italiens.
Entre 1982 et 1989, elle enseigne le français langue seconde à un public adulte, avant de s’engager plus directement dans le journalisme militant internationaliste en devenant correspondante au Salvador pour le magazine Quetzal d’avril à octobre 1989. Cette expérience s’inscrit dans un investissement plus large dans les mouvements de solidarité avec l’Amérique latine. Dans les années 1980, elle participe ainsi à l’organisation de brigades de travail avec l’Association Italie-Nicaragua et le Comité de solidarité avec le Salvador, tout en collaborant à la rédaction de revues engagées telles que Quetzal, per la liberazione dell’America Latina et Ixquic, donna in Centroamerica entre 1985 et 1994.
De 1990 à 2010, elle travaille au sein de l’ONG Mani Tese comme responsable de la coopération internationale et cheffe de projet pour l’Amérique latine, développant une expertise spécifique sur les questions de genre dans les politiques de développement. Parallèlement à cet engagement professionnel, elle déploie une activité soutenue de recherche et de militantisme féministe. Elle fait notamment partie de l’équipe de rédaction de la revue féministe marxiste Quaderni violaentre 1990 et 1999.
Son implication dans les mobilisations féministes se traduit aussi par un rôle organisationnel important : elle est l’une des fondatrices en Italie de la Marche mondiale des femmes contre la violence et la pauvreté (MMF) et siège à son Comité international de 2002 à 2008, représentant également la MMF dans les Forums sociaux italien, européen et mondial. Elle intervient comme conférencière à l’Institut international de recherche et d’éducation d’Amsterdam sur les questions de genre, de mouvements de femmes et de féminisme, et en est membre du Conseil d’administration entre 2013 et 2025.
Depuis 2010, elle poursuit son engagement à Milan dans le champ de l’éducation populaire, en enseignant l’italien aux femmes migrantes au sein de l’organisation « Alfabeti » et de la « Scuola Francesca Amoni » de la Casa delle Donne. Elle participe également, depuis 2016, au mouvement féministe et transféministe italien Non Una di Meno. Son implication locale se prolonge par un mandat au Conseil d’administration de la Casa delle Donne de Milan entre 2020 et 2023, ainsi qu’au sein de son Groupe international.
Internationaliste de longue date, elle continue d’organiser des échanges militants, notamment des voyages d’étude entre des représentant·es des mouvements paysans et de travailleur·euses autogéré·es italiens (Genuino Clandestino, Fuorimercato) et des organisations telles que le Movimento Sem Terra au Brésil ou le syndicat agricole SAT/SOC en Andalousie en 2016 et 2017.
Enfin, son engagement politique s’inscrit dans la durée : militante de la Quatrième Internationale depuis 1972, elle a d’abord été membre de sa section belge, la R.A.L.–L.R.T. (Ligue révolutionnaire des travailleurs), avant de rejoindre sa section italienne, la LCR (Ligue communiste révolutionnaire).